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ARTISTES

Annule pas, Emma !

2 mai 2018

Annule pas, Emma !

La Toulouse Comedy Night est un vivier de talents de l’humour grâce auquel j’ai découvert, entre autres, Gabriel Francès, mais aussi Emma ! Après avoir été séduite à plusieurs reprises lors de ses sketchs sur cette scène ouverte, j’ai récemment vu son spectacle « Trop tard pour annuler » (qui a lieu ce vendredi 4 mai au Centre Culturel des Minimes), durant lequel j’ai ri très fort pendant 1 heure.

Elle y parle avec autodérision de son vécu, de situations absurdes du quotidien (et bien d’autres surprises qui montrent l’étendue de son talent, que je ne dévoilerai pas) avec une humilité qui fait qu’on s’y attache instantanément.

Mais qui se cache derrière cette jeune artiste qui a tout d’une grande ?

Hello Emma, il me semble que ça ne fait pas si longtemps que tu es humoriste, raconte-nous un peu comment tu en es arrivée à vouloir monter sur une scène pour faire rire.
Ca fait juste un an et demi mais en même temps, j’ai fait une centaine de scènes, ce qui est beaucoup en peu de temps au final. J’ai un parcours atypique, j’ai eu plein d’expériences différentes sans savoir ce que je voulais vraiment faire. Contrairement à d’autres humoristes, la scène ne m’a jamais trop tentée. On me disait souvent que j’étais marrante mais ça s’arrêtait là. Sinon, je suis parallèlement traductrice interprète. Quel a été le déclic alors ?
Comme pour beaucoup, une bonne vieille rupture ! Je chantais dans des scènes ouvertes, et un jour je suis tombée sur une vidéo du Jamel Comedy Club. Je me suis alors demandée s’il y avait des scènes ouvertes d’humour sur Toulouse, c’est comme ça que j’ai trouvé le Comptoir du Rire. J’y suis allée, j’avais préparé un petit texte au cas où je passerai sur scène, mais finalement je suis pas montée.

J’ai appelé le gérant le lendemain et je lui ai dit que j’avais envie de jouer. Il m’a d’abord proposé une date pour 6 mois plus tard et en discutant un peu plus il m’a proposé de jouer la semaine suivante. Je savais que si je le faisais pas maintenant, je le ferai jamais. J’ai réécrit quelque chose et ma première s’est très bien passée.

Et les suivantes ?
La 2ème a été horrible. Je me suis dit « soit je rejoue immédiatement, soit plus jamais je ne le ferai ». Heureusement, la 3ème s’est bien passée, même si je ne me disais pas encore que j’allais être humoriste. J’avais une espèce d’énergie du désespoir, peut-être liée à l’approche de mes 30 ans ou à ma rupture, je voulais faire un truc un peu fou.

Depuis combien de temps tu écris ?
J’ai écrit un premier polar à 10 ans. J’ai écrit des chansons déprimantes quand j’étais ado, style « Le monde c’est de la merde, personne ne me comprend » (rires). Je faisais un peu de scène, mais jamais avec mes chansons. J’écrivais vraiment pour moi, j’ai jamais eu de skyblog ni rien. J’ai aussi écrit des nouvelles humoristiques, un peu plus tardivement.

Tu as donc fait beaucoup de dates et parfois tu en fais beaucoup en peu de temps. Est-ce que le fait de cumuler les scènes diminue le stress ?
Ca fait quelques temps en effet que je ne me dis plus que je vais mourir sur scène (rires). Je stresse, normal, mais ça va. Et en ayant fait beaucoup de dates, ça te permet d’avoir un curseur qui te fait dire « Là, c’était bien, ou là moins bien, mais j’ai connu pire ». L’expérience permet de mieux le vivre.

Comment tu arrives à gérer quand tu te sens moins bien sur scène ?
Parfois la 1ère blague ne fonctionne pas, je peux avoir l’impression de subir, de me demander pourquoi je fais ça, même si c’est très intérieur. Et parfois ça repart très vite et ça te donne de l’énergie pour continuer.

Quelle est l’histoire du titre de ton spectacle « Trop Tard pour Annuler » ?
La vraie histoire de ce titre remonte à ma première scène. Quand on m’a appelée, j’avais envie de partir, je me suis levée à la dernière seconde. Et la 1ère phrase que j’ai dite au mirco, c’est « C’est trop tard pour annuler du coup ? ». Souvent, je suis comme ça : je dis oui aux propositions de scènes, et après je doute, j’ai envie d’annuler, je me dis que je suis folle de faire ça, mais… c’est trop tard pour annuler !Qu’est-ce qui fait que, malgré ce stress que tu décris, tu remontes toujours sur scène ?
Y’a plein de moments où vraiment je kiffe, c’est faux de dire que la scène est une souffrance de chaque instant. Ce qui est fou, c’est que parfois, même une micro-seconde où tu te sens vraiment bien sur scène suffit pour avoir envie d’y retourner. Ca doit avoir un rapport avec le fait de flatter l’ego, un truc comme ça (rires).

Tu écris et mets en scène ton spectacle toute seule ?
Oui, après, on est jamais vraiment seuls. Mes amis, et mes amis qui sont dans le milieu m’aident beaucoup, me donnent des conseils si besoin.

Tu as joué récemment au Casino Barrière en première partie de Noelle Perna, devant 1200 personnes. Qu’est-ce que ça change un public aussi nombreux ?
Alors toi, tu angoisses davantage, mais comme les gens dans les coulisses sont hyper pros, tu peux pas leur dire que tu stresses. Tu peux pas dire au mec de la régie « Hey, mec, je vais me vomir dessus ! », faut faire genre tu maîtrises.

Il y a aussi un autre truc, c’est que quand t’as pas l’expérience des grandes salles, tu sais pas ce que ça fait d’un point de vue sonore 1200 personnes qui rigolent ou même 600. Le premier rire que j’ai eu, je savais pas si en fait ça allait ou pas. Je devais adapter mon rythme.

Tu as fait aussi la première partie d’Elie Semoun, comment tu as fait pour y arriver ?
Au culot ! J’ai envoyé un message et il a répondu et m’a dit ok, sans savoir ce que je faisais. J’ai un peu beaucoup exagéré mon parcours. Il m’a regardé des coulisses et m’a dit : « Tu veux vraiment faire ça ? Y’a des trucs bien. Donc tu prends tes textes, t’en vires 70% et tu te remets à bosser ». Sur le coup c’est dur à entendre, mais en même temps, c’est pas le conseil de n’importe qui. Grâce à ça, maintenant quand j’écris, je me demande toujours si tout est utile, et j’en vire. Faut accepter de faire ce deuil-là. Sans ce conseil, j’aurais continué à écrire des trucs imprécis.Tu parles dans ton spectacle de la difficulté de séduire par l’humour quand on est une femme. C’est du vécu ?
C’est hyper exagéré, c’est vrai et pas vrai. Mes dernières séductions ont eu lieu grâce à ça, aussi parce que tu vieillis et tu t’assumes mieux. Mais plus jeune oui, j’étais la pote et la petite sœur des mecs avec qui je voulais sortir. Je passais l’après-midi à jouer avec eux à GTA pour qu’ils m’annoncent qu’ils avaient flashé sur ma copine…

On voit moins de femmes dans l’humour par rapport aux hommes. Quel est ton avis sur cette question ?
Il y’en a de plus en plus, j’en découvre tous les jours. Il y a un boum depuis quelques années, mais comme dans tous les métiers, il y a du sexisme, de la lourdeur et du machisme. Moi je me sens pas « sexualisée » sur scène. Je parle de la moon cup, mais c’est pas militant. Je me présente pas en tant que « fille ». J’ai dû dire à mes collègues de scène qu’il fallait qu’ils arrêtent de me présenter comme « c’est une fille, ça fait du bien », mais juste comme une humoriste. Les filles ont leur place, mais ça reste assez stigmatisé. On trouve normal d’avoir 3 mecs sur un plateau, 2 mecs et une fille oui c’est bien, par contre 3 filles, ça marche pas. Ou alors, certain-es le justifient en le nommant « soirée filles », c’est dommage.

Où en sont tes projets ?
J’aimerais bien tenter ma chance à Paris, j’y réfléchis vraiment. Après jouer mon spectacle là-bas, ça va être compliqué, car je devrais payer les salles de ma poche. C’est un spectacle vraiment en rodage, j’ai déjà réservé des dates pour le Centre Culturel des Minimes pour l’année prochaine. Mon projet, c’est de progresser !

Emma est sur Facebook, sur Twitter et sur Instagram.

Son spectacle : Trop Tard pour Annuler, prochaine date le 4 mai à 20h, au Centre Culturel des Minimes, 6 Rue du Caillou Gris, métro Minimes Claude Nougaro. Elle jouera également le 30 mai à l’annexe de la Comédie de Toulouse.

Et très très souvent à la Toulouse Comedy Night, tous les mercredis à 20h au Duplex.

 

 


Toujours à l'affût de nouvelles découvertes, j'aime écouter les créateurs en tous genres me raconter leur histoire ! Dingue de fromage et groupie assumée, je sais aussi rapper, mais uniquement sur La Tribu de Dana.