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ARTISTES

Mademoiselle Kat : notre graffeuse toulousaine !

5 juin 2019

Mademoiselle Kat : notre graffeuse toulousaine !

Pour sa troisième édition, le festival Rose Béton a entre autres fait appel à la toulousaine Mademoiselle Kat, pour faire des murs de la ville des oeuvres à part entière. Bobby s’est intéressé au parcours de la graffeuse et à sa peinture murale “Jungle Fever”. Prends une tasse de thé et assied toi confortablement, car l’artiste en a fait du chemin !

Parle-moi un peu de ton parcours, comment en es-tu arrivée là ?

Tout commence par une envie de s’exprimer, ensuite c’est notre regard sur les choses qui change tout. J’ai toujours été passionnée par l’art, je faisais option art au lycée Saint-Sernin. Mais tout a démarré lorsqu’un professeur de philosophie m’a proposé un atelier en compagnie de Jean-François le Mouël qui travaillait au cinéma ABC. J’ai ainsi pu faire mon premier film “Un mur, une vie” avec quelques amis. Ensuite, j’ai entrepris des études en art.

Ma relation aux murs a évolué quand j’ai eu mon premier appart dans les années 90, je prenais en photo leurs détails, leurs matières. Et je capturais aussi les graffitis de l’époque, comme les pochoirs très présents. Je me promenais aussi dans des lieux désaffectés investis par les graffeurs de l’époque, on les appelait les ABS pour Arnaud Bernard System.

J’ai eu des inspirations très diverses en dehors de Toulouse. Par exemple la tribu Ndébélé, une tribu polygame en Afrique qui, à travers ses peintures murales, rend la case sacrée. Ces petits habitats appartiennent aux femmes et les hommes ne peuvent y entrer sans autorisations. Ce genre d’histoire me fascinait. Ce sont plutôt les arts traditionnels qui m’ont touchée au départ. Dans les démarches d’art urbain, Keith Haring a été très important, surtout dans les années 80.

Evidemment, ce sont aussi les artistes que j’ai pu voir à la télé ou découvrir via mes lectures qui ont influencé mon art. Et bien sûr, je suis très heureuse d’avoir rencontré Miss Van, une autre street-artiste, que j’ai connue à la faculté d’art et avec qui j’ai collaboré.

Miss Van et Mademoiselle Kat dans les 90’s
Crédits : Mademoiselle Kat

Aujourd’hui, je ne suis plus aussi dynamique côté graffiti que dans les années 2000. Mais le temps passe et l’on fait des choses différentes. Les rencontres, les événements et l’esprit du moment changent nos désirs. Ce que je cherche avant tout, c’est parler de culture, d’humour, et de féminités multiples.

L’art apporte un rythme : les gens peuvent s’arrêter dans la rue et lever les yeux pour regarder un tag, une enseigne. La culture dans la rue est très importante, c’est un art libre, généreux, et complémentaire à celui des musées. Nous sommes mêmes libres de faire nos couleurs !

Et ta peinture murale “Jungle Fever”, c’est quoi son histoire ?

Cette peinture a été commandée par la ville. Les premières questions que je me suis posées ont été « Que faire de ce mur ? Qu’est-ce que je veux donner aux toulousains ? » Et j’ai eu envie d’apporter de la fraîcheur, de la végétation. Mais ma volonté était aussi de les questionner sur le climat ambiant. Je traite également de la vie dans les films, qui n’existe pas. La phrase « On sent que le temps se réchauffe » est avant tout une question sur l’ambiance urbaine, mais je ne suis pas non plus indifférente à l’écologie et au climat social. Tourner la question de plusieurs façons sans que ça soit forcément négatif, se poser la question de comment apporter un climat chaleureux, c’était ça mon but.

Dans l’affiche, on aperçoit des strates de références liées à la ville. La pin up évoque la liberté d’expression et j’ai comme l’impression que c’est encore d’actualité… Vouloir se faire désirer, pourquoi pas ? C’est une pin up années 60. Le nom de l’affiche, « Jungle fever », la fièvre de la jungle en français, est un jeu de mot avec l’affiche elle-même. C’est aussi le nom d’un film de Spike Lee ! Il traite notamment des préjugés racistes.
On trouve également une pensée aux cinémas indépendants de quartier qui n’existent plus. Les films étaient représentés par des affiches faites à la main, par exemple celles d’André Azaïs. Il y a eu une exposition de ses travaux au Musée de L’Affiche par le passé.

Façade peinte par André Azaïs
Crédits : Cinémathèque de Toulouse

Le groupe new yorkais de graffiti B.A.D (Babes Are Down) a lui aussi son hommage, ce vieux crew est intronisé en bas à droite de l’affiche. On y trouve aussi une référence à Alice Guy, la première réalisatrice de films en France. Une expo lui est actuellement consacrée à la Cinémathèque de Toulouse. Le monstre lui, est une présence perpétuelle dans mon travail, il accompagne la pin up car c’est une histoire de relation humaine, peut être même de relation amoureuse !

Ce qui rend aussi intéressant de faire un mur aussi grand (22m/7m), ce sont toutes les contraintes pour le faire, par exemple dues au délai ou à la météo. Cette affiche c’est aussi des moments et des collaborations puisque je ne l’ai pas fait toute seule, 3 personnes m’ont aidées. Il y a une famille urbaine à Toulouse, en tous cas c’est comme ça que j’ai envie de voir les choses. HENSE fait aussi un super travail, et je pense qu’il devrait plus être mis en avant. Ce qui est sympa aussi comme aspect, ce sont les personnes un peu seules qui viennent critiquer ton mur, celles qui viennent fumer une clope ou boire une bière en regardant son avancée.

La jungle, c’est aussi la ville, le monde qui grouille. Et il y a une citation qui colle parfaitement à cette vison des choses : « La vie est pleine de gens, la vie est plein de méchants » d’Etienne Daho. Je l’écoutais pendant la création et il a donc aussi inspiré l’affiche.

On ne change pas nos bonnes habitudes, alors question inévitable, quels sont tes bons plans à Toulouse ?

La cantine japonaise Ni’Shimai est ma préférée. Côté art, je conseille Lieu-commun, un espace d’art contemporain qui regorge de jeunes artistes mais dont le programme s’intéresse aussi aux pionniers.

Rendez-vous Rue Saint-Ursule pour admirer la fresque “Jungle Fever” par Mademoiselle Kat ! Maintenant tu seras bien au point sur les références glissées dans l’oeuvre et les thèmes abordés !


* obligatoire

Toulousaine de coeur, j'aime la brique et le cassoulet. Je sais écrire et chanter, mais ce que je fais le mieux c'est rire, boire et manger. Addict à Instagram, je prends des photos de tout et n'importe quoi. Je suis aussi une spécialiste des jeux de mots, mais c'est pas toujours réussi.